l’espace b.

(attention, sans intro) qu’est-ce qui, de la fiction ou de la vie réelle, a été clichée la première? cf l’oeuf et la poule. toute personne sensée te dirait que c’est la vie, ne serait-ce que pour des raisons logiques d’invention de l’écriture, de diffusion socio-culturelle, de démocratisation du cinéma, etc. c’est le monde de la fiction qui s’est inspiré de ce qui se passe sur le pas de la porte du voisin. le problème est que, dans mon cas, c’est la fiction qui arrivée la première, ayant été élevée à grands coups de films du mardi soir et de bibliothèque rose. dans mon cas, les catastrophes naturelles tiennent plus d’un film produit par jerry bruckheimer que de désastres humanitaires ; dans mon cas, les états-unis c’est comme à la télé, et pas l’inverse.

j’ai déjà vu ou lu toutes ou presque toutes les situations possibles et imaginables dans lesquelles je peux me retrouver sentimentalement ou socialement parlant, je sais ce qu’il faudrait faire, ce qu’il ne faut surtout pas tenter, je sais même comment ça va peut-être se terminer. je me suis inconsciemment préparée à rencontrer toutes les situations et tous les types de garçons dépeints dans satc. j’ai croisé toutes séries confondues tellement de scènes similaires, de passages obligés de l’évolution socio-psychologique, que c’est comme si j’avais déjà tout vu sans rien avoir vécu.

c’est sans doute un phénomène générationnel, je doute être la seule dans ce cas, mais je supporte mal ces clichés quand ils se mettent sur mon chemin, d’autant plus que j’étends le champ d’application de ce terme à tous ces rites de passage culturels, à tout schéma intellectuel trouvable dans le sexe opposé, à toute rencontre, situation, évènement, à tout. une situation clichée est une situation qui a déjà été mise en scène.

le problème c’est que je prends tout à l’envers. la fiction provient de la réalité, et non pas l’inverse, je ne devrais pas me sentir coupable ou honteuse de vivre des moments clés de mon évolution sociale sans m’en rendre compte, pourtant j’ai ce regard au second degré qui fait que je ne peux pas prendre un instant comme il vient sans le comparer aux passages obligés et classiques que toute la fiction décrit : at the top of my head, des moments canoniques comme le premier baiser, le premier appartement à soi, recevoir une demande en mariage, aller voir les résultats de ses examens, avoir des potes de lycée qui montent un groupe de rock, passer un entretien d’embauche, etc.

j’ai vraiment du mal à vivre un moment dans ma vie qui est considéré comme marquant avant même d’être vécu : tu te dois de sauter dans les bras de ta copine si tu as ton bac, ou le cas échéant de te taire et de pleurer si tu as échoué ; tu te dois d’avoir un premier appart en bordel et quand ta mère te rend visite elle doit te suggérer de mettre ça dans ce coin là en faisant des remarques d’une platitude belge sur la déco de ton salon.

ça m’angoisse de savoir que j’ai des étapes à franchir d’une certaine façon et qu’elles seront marquantes a priori. que va-t-il advenir de toi si ton premier baiser c’était avec un type bourré qui te souhaitait une bonne année dans la rue le 31 décembre l’année de tes 14 ans? ça me fait rire quand tout se passe comme prévu par la police des moeurs. quand tu te retrouves devant la tour eiffel de nuit avec boyfriend et qu’il pleut mais que tu t’en bats un peu. ça me fait rire de voir que ça existe en vrai.

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  1. “des remarques d’une platitude belge”

    haha je la note celle-là ^^

  2. sinon, pour rebondir un peu plus clairement sur le post (*boing boing*), ouais je pense aussi qu’on est une génération référencée… tout est cliché, tout est déjà vu quelque part, à chaque fois qu’on pense à quelque chose on fait plus ou moins clairement allusion à tel comportement supposément cliché parce que stéréotypé par tel personnage à tel moment dans tel film… cf. un épisode de South Park que je regardais hier, intitulé “Les Simpsons l’ont déjà fait” : même les trucs les plus absurdes sont devenus clichés ^^

  3. Nella

    AHHH LA FAMEUSE EIFFEL TOWER! Tu vois : jai reflechi a la question. cest de la faute a Passy ca sinon on aurait evite le cliche.

  4. loulou

    En fait, yen a qui disent qu’au commencement était le verbe.
    Une vie humaine, elle prolonge toujours un peu l’Empire des signes laissés là dans l’air, dans un coin de l’esprit, somewhere.

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